Le soleil se couche dans un sac du Morvan.

Le courage d’imaginer.

Sous le regard de Don Quichotte, entre folie et hyper création pour entreprendre. Réflexions.

Nous sommes en 1987 et je démarre ma lecture du El ingenioso hidalgo Don Quijote de la Mancha. Ici : https://goo.gl/maps/B9uRwBScNnApXV7r8

J’habite en forêt vierge, la télévision n’existe pas, pas de téléphone ni d’électricité.

Imaginez ouvrir les planches de Gustave Doré avec exactement la même ambiance de 1863.

Le Quichotte me choque, me dérange. J’ai envie de l’aimer, j’ai envie de croire à sa folie. Je ne veux pas me laisser aller à la critique de la chevalerie, dans le contexte de 1605. Je veux l’aimer. Le paysage qui m’entoure ressemble au monde que peint Gustave Doré et que décrit Miguel de Cervantes, des paysages absolus, mystérieux ou la lumière peut devenir l’écran de toute l’imagination humaine.

Le Quichotte me choque car sa force d’imaginer est infinie.

Son imagination se remplit de tout ce qu’il avait lu. Gustave Doré 1863

On dirait que le Quichotte devient significatif dans la culture cartésienne car il définit la folie, ridiculise le fou et le rend catalyseur de ce que Cervantes veut dénoncer.

Mais Cervantes, lui aussi tombe amoureux de son chevalier impossible, de son fou miséreux magnifique.

Quand le Quichotte arrive dans mes mains 382 ans après son écriture, j’ai quatorze ans et je m’identifie alors de manière fusionnelle aux héros des romans que j’ai le bonheur de lire.

On parle de réalité augmentée aujourd’hui, à cette époque lire transforme toute ma réalité. Lire dans un univers non touché par la Radio, TV, cinéma et même pub c’est autre chose. On ne voit plus les pages mais des univers infinis avec une perception bien réelle. Cette autre realité qu’apporte la lecture est exprimée par Cervantes il y a 416 ans. Cela est visionnaire et exceptionnel.

Je deviens un Quichotte qui idéalise le Quichotte.

Même si son auteur fait tout pour nous décrire le réel et le décalage de la folie du Hidalgo, je persiste, je m’obstine à y croire. Je pense que Gustave Doré dans sa création transmet très bien ce que je décris ici.

Le Quichotte n’est pas fou et le monde qui le fait naître, le méprise et l’enterre dans la folie, concept qui rend l’imaginaire fascinant mais dangereux.

Je me souviens, jeune cadre sup, phrase bilan de l’entretien de mi-année: “Très créatif” (Lire “Trop”, voire “dangereusement créatif”), ou encore niveau extrême: “Imagination débordante” (Là, il faut téléphoner à “Pôle Emploi” direct, pas la peine, lol). C’est un système, un système fonctionne comme un organisme en vase clos et rejette ce qui n’est pas normé.

Le Quichotte, sa distorsion de la réalité, son désir de s’élever et d’inventer le monde sont pour moi une révélation. Je crois que dans l’histoire de la littérature, jamais une oeuvre n’avait autant réussi à échapper à son auteur et à son temps. Le succès de l’oeuvre est tel que Cervantes doit écrire et publier une deuxième partie (des fausses éditions de la “suite” étaient déjà disponibles). Dans la deuxième partie, Don Quichotte et son fidèle écuyer célèbrent le succès du livre. Le livre rentre dans le livre dans une incroyable mise-en-abyme.

En 1990, je dois passer mon examen d’entrée au Lycée International de Saint-Germain-en-Laye en France. Je suis loin du niveau scolaire demandé pour réussir, on rentre à peine d’Amazonie. C’était important. je retrouve mon anti-héros, mon chevalier de l’éphémère. Le Quichotte au galop me sauve et je réussis dans un commentaire composé à impressionner le jury.

Veille de chevalerie par Gustave Doré

Entre folie ridicule et Génie visionnaire, jamais l’analyse d’une oeuvre ne m’a marqué autant. Aujourd’hui au seuil d’une des étapes les plus importantes de ma vie, je m’autorise à le dire, sans tabous. Nous avons inventé URIJI. Et cette aventure est devenue possible en partie grâce à un livre vieux d’un demi millénaire.

Ce fameux gentilhomme, vrai aristocrate du futur échappé de l’imaginaire paradoxal de Miguel de Cervantes va m’aider toute ma vie à explorer et inventer sans honte, sans peur de ne pas plaire. À ne pas se laisser vaincre par de simples moulins à vent. Plus Don Quichotte fait face à l’absurde de sa quête d’absolu, plus sa détermination devient puissante. C’est cela aussi entreprendre et innover.

Ce livre m’a appris a avoir le courage d’imaginer.

Et plus le temps passe, plus je m’aperçois de l’immense courage nécessaire pour créer, imaginer et trouver sa vocation.

Certains jours le courage devient folie.

Pour entreprendre l’aventure du Quichotte, il faut se préparer à être traité de fou. Il faut aussi trouver son Sancho Panza pour se battre contre le négatif, ce qui fait résistance.

Sancho est dans la névrose “succès-échec” et nous rappelle la relation au risque que décrit si bien Nassim Nicholas Taleb dans son livre “Jouer sa peau” : “Les entrepreneurs sont des héros dans notre société. Ils prennent des risques (et souvent échouent) pour le reste d’entre nous.”

Miguel de Cervantes publie don Quichotte à l’âge de 58 ans. Ce livre sera le plus publié de l’histoire après la Bible et le Coran: 500 millions d’exemplaires. Malgré cela peut de gens l’on lu vraiment.

D’où son importance dans toute notre pensée moderne.

Don Quichotte apprend et évolue dans son aventure et je regarde son rapport à la réalité comme une parfaite métaphore du créateur d‘entreprise que je suis devenu au cours des cinq dernières années. Me détachant de toute “raison”, abandonnant l’ensemble de mes certitudes financières et laissant dans mon passé une vie prévisible et “solide”.

Chaque chemin est unique, c’est peut-être ce qui rend impossible la transmission complète du savoir par l’expérience. Faire la route en marchand, soi-même. C’est ce que m’apprend la vie. Ma mère dit souvent que nous vivons plusieurs vies. Elle a raison. Plus tu changes, plus tu apprends, plus tu prends des risques, plus de vies tu auras. 🌳 Jean Clauteaux

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I am the founder of the URIJI social network @urijijami | Digital Mentor | Past: President CEO L’Oréal

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Jean Clauteaux

Jean Clauteaux

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